Tomber la chemise

9 août 2021

Si vous vous souvenez de la fameuse chanson du groupe Zebda, il est question de faire sauter quelques barrières sociales, culturelles et autres handicaps que la société dépose sur nos chemins de vie.

Si vous vous souvenez, plus loin encore, de la fameuse reprise de Rika Zaraï, il est question, sur un ton plus léger, moins politique mais tout autant sérieux, de se retrouver mieux nu qu’habillé.

Nu, le mot est lâché. Nous sommes actuellement en vacances dans un camping naturiste. Et depuis notre arrivée, nous n’entendons qu’un empilement de clichés tous plus saugrenus que ridicules autour de ce mode de vie, qu’il soit quotidien ou occasionnel.

La porte ouverte à la débauche

Le plus courant des clichés est probablement l’association que l’on fait entre la nudité et la sexualité. Laquelle amène au fait que passer son temps nu, c’est également avoir et pratiquer une sexualité libérée, très active, ouvrant la voie à toutes les pratiques.

Peut-être est-ce dû à la réputation sulfureuse d’une ville du sud de la France, aussi connue pour ses échanges que ses villages naturistes, alors que les deux pratiques n’ont de commun que la situation géographique.

Peu importe, toujours est-il qu’on ne peut pas s’empêcher de penser qu’un naturiste est un gros dégueulasse insatiable qui saute sur tout ce qui bouge du lever au coucher du soleil.

En revanche, la nudité est un excellent moyen de rapprochement, une façon différente de vivre sa sexualité, d’aborder son corps et celui de l’autre, et surtout, de séparer l’état de l’acte. Après tout, on peut faire l’amour plus ou moins habillé.

Et pour aller plus loin dans le démontage de préjugés, l’ouvrage de Marc Bordigoni explique parfaitement que l’un n’a rien à voir avec l’autre.

Pudiques, s’abstenir

Là encore, il faut savoir tirer le bon grain de l’ivraie. La pudeur que l’on ressent envers son corps ou celui des autres n’appartient pas qu’aux non naturistes. On peut très bien avoir peur de mettre son corps à jour et se sentir très à l’aise lorsqu’on est nu.

La pudeur ne naît que lorsqu’on évoque la seule idée de se retrouver par exemple nu dans un grand magasin, cauchemar que l’on fait souvent, ou bien lorsqu’on se laisse surprendre à danser à poil dans son salon en ayant oublié de tirer les rideaux, offrant son et lumière aux voisins d’en face.

Mais lorsque tout le monde est nu, alors la gêne disparaît.

Mais la gêne se manifeste en sens inverse. Lorsque, au sein d’une structure naturiste qui laisse la liberté de chacun de dompter ses complexe, on se balade habillé, croiser des personnes nues peut générer de la gêne, un sentiment de déséquilibre.

Pour en finir avec cette fausse idée du naturiste comme impudique, cet article paru sur Neonmag explique pourquoi le naturisme peut être très pudique.

Tous à poil, tous pareils

L’on raconte également, dans un registre moins négatif, que lorsqu’on entretient des relations sociales entre personnes naturistes, toutes les barrières tombent.

Si effectivement, l’habit ne fait pas le moine, le naturiste ne fait pas l’égalité.

Cela s’explique déjà par les différences physiques entre les genres. Nul ne peut ignorer le genre de l’autre, soit parce qu’il va l’afficher, soit l’assumer, soit ne pas pouvoir le cacher une fois nu. Sans discrimination aucune, on ne peut pas éviter l’apparence physique des uns et des autres, qu’on le regarde droit dans les yeux ou que l’on ne puisse pas détacher ses yeux de son décolleté comprimé dans un push-up ou de son pubis épilé au-dessus d’un micro-pénis.

Ensuite, ne pas se fier aux apparences s’applique aussi lorsqu’on est nu. Contrairement à ce que l’on pense, petit, gros, grand, menu, obèse, noir, clair, blond, roux, imberbe, lourdement handicapé sont des caractéristiques physiques ou des pathologies qui ne disparaissent pas avec le fait d’être naturiste. Comme on est, on reste et juger une personne à son apparence physique est peut-être plus facile lorsqu’elle ne peut pas cacher ses différences ou ses complexes.

Enfin, concernant les relations sociales, si effectivement, l’habit ne fait pas le moine, il faut reconnaître que professionnellement, on ne croise que très rarement un prof en soutane ou un athlète en costard. Et la société ne fait que nous le répéter, lorsque de plus en plus d’enseignes ou d’entreprises proposent le port d’une tenue, d’un costume ou d’un signe d’appartenance textile. Quant aux modes vestimentaires, ou de genre, inutile de dire que si certains revendiquent leur genre ou leur sexualité, d’autres cherchent au contraire à se fondre dans la masse de peur des discriminations.

Mais lorsqu’on est nu, il paraît qu’il est impossible de distinguer le patron de l’ouvrier, le radicaliste du libéral, l’hétéro du bi. Là encore, il ne faut pas confondre naturisme avec neutralité ou invisibilité.

Si le naturiste ne peut pas montrer sur quel barreau de l’échelle sociale il s’est hissé, ou s’il préfère le sexe opposé, il est doué de parole et assez rapidement, dans la conversation, le message apparaît clairement. La gestuelle, la posture, le ton de la voix et surtout, les silences de celles et ceux qui écoutent ne laissent que peu de doute.

Il est des réflexes humains, génétiques, voire instinctifs que l’on ne peut retenir, à poil ou en tailleur.

Le naturisme, c’est la liberté totale

Voici enfin une vérité vraie. Mais pas tout à fait.

Le naturisme, c’est effectivement une forme de liberté.

Physique, lorsque la nudité libère des sous-vêtements qui scient la taille, compriment poitrine et testicules, des chaussures qui provoquent ampoules et autres yeux de perdrix.

Mentale, lorsque le fait d’être nu peut déclencher la paix avec soi, retrouver ses premières sensations d’enfance, lorsque, bébé, la nudité ne représentait pas une pudeur ni une connotation sexuelle.

Spirituelle, lorsqu’on pratique le naturisme comme un mode de vie, en se référant aux origines connues du mouvement, comme le prône La Fédération naturiste internationale, qui le définit comme « une manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisée par une pratique de la nudité en commun qui a pour but de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et celui de l’environnement ».

Mais surtout, la liberté de pratiquer son naturisme propre, comme on l’entend, selon ses règles, ses limites, tout en respectant celle des autres.

Mais celle-ci, ce liberté, elle s’applique à tous les mouvements démocratiques.

Nu ou habillé, la liberté des uns…

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